Boris Johnson, seul espoir pour l'avenir du Brexit et du parti conservateur ?

Sito web > Link

Bien sûr que je vais me présenter. Il me semble que ce n’est un secret pour personne. Mais vous savez, il n’y a pas de poste à pourvoir en ce moment.” C’est lors d’une conférence à Manchester, jeudi 16 mai, que le député conservateur Boris Johnson a officiellement annoncé sa candidature au poste de chef du parti Tory. 

Le même jour, à la suite d’une réunion entre l’actuelle Première ministre et certains grands pontes du parti conservateur, on apprenait que Theresa May devrait quitter son poste dans les semaines à venir. Alors qu’elle demandait un peu plus de temps pour pouvoir réaliser sa promesse de mener à bien la sortie de l’Union, les conservateurs ont refusé de lui accorder leur confiance.

Dans ce contexte, la candidature de Boris Johnson est tout sauf une surprise. Mercredi 15 mai, la veille de sa déclaration, le journal The Spectator présentait sa une de la semaine sur laquelle figure une caricature de “BoJo” et le titre “L’heure de Boris ?“. Pour l’éditorialiste de l’hebdomadaire conservateur, James Forsyth, la nomination de Johnson à la tête des tories serait le meilleur choix stratégique possible, à un moment où ces derniers subissent la fuite de leurs électeurs : “Les électeurs tories rallient en masse le parti du Brexit de Nigel Farage. La survie du parti conservateur pourrait bien dépendre du retour de ces électeurs est l’ancien ministre des Affaires étrangères […] est la personne la plus apte à les faire revenir.”

Réalités de la fonction

Le chroniqueur du Daily Telegraph, Tim Stanley, renchérit en affirmant que l’ancien maire de Londres est le seul conservateur à même de régler la question du Brexit : “Il n’y a qu’une tâche importante à accomplir : le Brexit. Et il n’y a sans doute qu’un politicien capable de la mener à bien : Boris […] La survie électorale dépend de la capacité de fédérer les partisans du Brexit au niveau national, et Boris est M. Brexit.” Le quotidien conservateur – dans lequel Johnson signe régulièrement des tribunes – souligne à la fois la popularité du candidat auprès des électeurs et son expérience au poste de ministre des affaires étrangères (qu’il a occupé pendant deux ans).

Le son de cloche est radicalement différent du côté du Guardian, quotidien de gauche. Outre les relents populistes et racistes dans la rhétorique de BJ, Polly Toynbee affirme que son appétit du pouvoir risque de se heurter aux réalités de la fonction de Premier ministre : “Une fois qu’ils seront confrontés à des choix difficiles, à l’obligation de faire des concessions et d’entacher cette profession essentielle et respectable, les nouveaux venus apprendront une chose à leurs dépens : le populisme peut vous porter au pouvoir – mais ensuite que faire ?

Si The Spectator s’enthousiasme à l’idée de voir Johnson prendre les rênes du pays, il n’en considère pas moins que le chemin vers la sortie de l’UE est encore sinueux : “La perspective de voir Boris Johnson au poste de Premier ministre serait épouvantable pour d’autres dirigeants européens, qui, pour beaucoup, le perçoivent comme la personnification d’un populisme irresponsable. Ceux qui, au sein de l’UE, veulent punir le Royaume-Uni de quitter l’organisation seraient confortés dans leur position par son accession au pouvoir.” Le crédit accumulé par Theresa May lors des négociations avec les 27 Etats membres serait définitivement perdu avec l’arrivée d’un nouveau Premier ministre comme Johnson, qui plus est un Brexiter parmi les plus ardents.  

Antoine Cuny-Le Callet